Léon Hippolyte Truitard 17 août 1936 - 27 octobre 1938
Léon Hippolyte Truitard qui est nommé Gouverneur le 18 juin 1936 est un homme qui connaît bien l'Outre-Mer. Cet ancien élève de l'Ecole Coloniale, Docteur en Droit, a déjà été en PoSte aux Comores, à Madagascar, au Cameroun, au Gabon. Est ce cette connaissance du terrain qui lui a valu d'être appelé au Ministère à la tête de l'Agence économique des territoires Africains ? Il s'occupa ensuite de la Direction du Service des Informations et de la propagande du MInistère des Colonies. C'est du Ministère que nous arrive donc ce nouveau gouverneur qui prendra ses fonctions le 17 août.
1936, en France, c'est l'année du Front Populaire et Léon Blum a pris la direction de la France socialiste. La Réunion comme la France va vivre une période riche en manifestations.
Sur le plan politique, les élections législatives du 26 avril l936 qui ont vu la victoire des deux vieux briscards L. Gasparin et A Brunet sur R. Payet et Lougnon ont eu lieu dans un climat d'extrême violence : bureaux assaillis, mandataires frappés et expulsés, urnes enlevées, manifestants tués... Cette situation provoquera un phénomène de rejet qui est le seul résultat surprenant de ces élections. Gasparin était élu sans interruption depuis 1906 et Brunet depuis 1924...
C'est ainsi que voit le jour le 26 mai le Parti Communiste Réunionnais d'Action Démocratique et Sociale qui se situe "dans la grande tradition des de La Serve, de Mahy et Brunet" et s'opposant à "une minorité factueuse". Le secrétaire de ce nouveau parti est Marcel Vauthier, jean Chatel, Roger Payet et Raymond Vergès en sont membres.
Sur le plan Social la situation est tout aussi fébrile. Avant même l'arrivée du Gouverneur les grèves ont commencé dans la colonie. La victoire du Front Populaire va créer une dynamique et accélérer le mouvement.
Dans son discours programme au Conseil Général, le Gouverneur Truitard entend privilégier le dialogue social. Le logement et les œuvres de charité et de bienfaisance en direction de l'enfance et de la maternité seront ses priorités.
Les grèves vont se multiplier. Le conflit le plus dur va prendre naissance au Port le 19 janvier 1937. Déclenché par le personnel du CPR, le mouvement va s'étendre aux dockers et se transformer en grève générale.
Le 23 janvier, à l'appel de Gaston Roufli et de Léon De Lepervanche, leaders de la Fédération Réunionnaise du Travail, c'est toute la population portoise qui est appeler à manifester sa solidarité aux grévistes. La situation va alors se dégrader rapidement. Les esprits vont s'échauffer.
On est à deux doigts de l'affrontement. le 25 janvier, dans une atmosphère des plus électriques les négociations vont aboutir in extremis.
Les grévistes verront leurs journées de grève payées. Par son esprit de conciliation, le Gouverneur aura réussi à ramener le calme. Le grève cesse le lendemain. La Réunion a eu chaud.
Le Gouverneur Truitard participe activement aux efforts déployés pour la réussite de l'Exposition de 1938. Le 10 janvier, un arrêté du chef de la colonie accorde la franchise postale au Commissaire Général de la foire. Un autre arrêté du gouverneur en date du 23 mai 1938, va créer une subdivision spéciale des Travaux Publics. Il va seconder activement la municipalité dionysienne pour cette manifestation qui se tiendra sur l'ancien petit port de St Denis. Pour ne pas être de reste, le Conseil Général accordera 5000 francs de subvention.
Truitard aura une pensée en ce mois d'octobre 1938 pour Roland Garros. Les troupes de garnison défileront devant les personnalités officielles et les membres de la famille avant le traditionnel dépôt de gerbes. A la fin de ce même mois, le 28 octobre, Truitard quitte la Réunion. Il sera remplacé par Joseph Court.