Pierre Louis Alfred DUPRAT
23 novembre 1913 - 1er juin 1919
Gouverneur de seconde classe, Duprat sera nommé le 28 Novembre 1913 et arrive deux mois plus tard. Il sera à la tête de la colonie pendant pratiquement toute la durée de la première guerre mondiale - sauf pendant un an de congé en métropole. Très rapidement, il va mettre en place un dispositif spécial d'urgence :
-l'exportation ou la réexportation du riz, du maïs et de la farine est interdite ;
- pour lutter contre les spéculateurs, un arrêté va fixer pour chaque localité de l'île le prix maximum du riz ;
- les traitements de tous les fonctionnaires sont payés en monnaie locale (émission par la Banque de la Réunion ), "pour diminuer l'exportation de la monnaie française".
la Réunion se prépare pour des moments difficiles. La perturbation du trafic maritime aura une double conséquence : l'engorgement des docks avec les produits locaux (au 1er avril 1918, 40 000 tonnes de sucre, de tapioca et de rhum étaient entreposés dans les docks surchargés) et l'avènement de l'autonomie vivrière de l'île.
Le fléchissement des droits d'entrée et de sortie de marchandises aura des incidences graves sur le budget des communes, l'octroi de mer constituant une de leurs ressources principales. Duprat va donc inviter les maires à opérer des restrictions.
En 1918 Duprat, en accord avec le Conseil Général, va ordonner à l'Administration de se substituer au secteur commercial privé défaillant en ce qui concerne l'approvisionnement en riz. Les importateurs ne pouvaient plus assurer la satisfaction des besoins. De novembre 1917 au 30 avril 1918, 11 000 tonnes de riz seront importés de Maurice, de Madagascar et d'Indochine pour un coût de 5 millions de francs. Le prix de vente est fixé à 0,70 F le kg.
En mars 1918, arrive l'évêque de la Réunion, Monseigneur de Beaumont : c'est le plus jeune évêque de France.
Duprat va également proposé le 27 avril 1918 une taxe sur les terres incultes. Le but poursuivi, affirmait-il, est d'ordre économique et social beaucoup plus que d'ordre fiscal.
Le 5 octobre 1918, la veille même de son trentième anniversaire et à 37 jours seulement de l'Armistice du 11 novembre, Roland Garros ne rentre pas à son aérodrome. Il est porté disparu, et aucun aviateur allemand ne revendique une quelconque victoire dans le secteur. C'est un pilote français qui permettra d'élucider l'énigme en déclarant avoir vu un SPAD se désintégrer en l'air "comme un jeu de cartes".
En 1919, quelques jours à peine après la fin de la terrible épidémie de grippe espagnole, Hippolyte Foucque épouse Jeanne-Marie-Emilie Mac Auliffe, la fille du Dr Mac Auliffe, ce qui le rattache un peu plus à son île, contrairement à ce qu'il pensait : " En ce temps-là, on considérait comme une erreur sentimentale l'idée, pour un jeune agrégé, de faire une carrière à la Réunion... ". Mais l'amour de la petite patrie créole sera plus fort et, de 1917 à 1930, " treize générations de rhétoriciens ont pu apprécier son dévouement et la finesse de sa culture... ".