18 septembre 1910 - 28 juillet 1912
Rodier va gouverner "avec justice et fermeté et avec pitié" car, dit-il, il a l'âme républicaine. Cet ancien capitaine, chargé du Service du Génie militaire à la Réunion, connaît parfaitement l'île et ses dossiers. Il va tout d'abord convier la population à l'apaisement après une campagne électorale violente. Il va porter en sautoir son acte de foi républicain et sa profession de foi va émailler, jusqu'à l'agacement, tous ses propos.
Pourtant ce républicain va refuser la constitution de la petite propriété au nom du pragmatisme économique, car le morcellement des terres, affirme-t-il, se traduirait par un recul de la production. Il cite en exemple Maurice où une Commission Royale a démontré qu'à égalité de surfaces cultivée, la récolte du petit planteur n'est que de 75 % de celle du grand propriétaire. En revanche, il croit dans le colonat partiaire, à condition toutefois que le colon ne soit pas l'otage des propriétaires pour des motifs de basse politique. Il n'est pas rare que des charrettes de licenciement sanctionnent ceux qui ont "mal voté".
Rodier est également l'homme de projets grandioses. Grâce à la Caisse de Réserve, il va lancer un programme important de "travaux définitifs" : le nouveau lycée, l'aménagement de l'Etang St Paul, le pont de la Ravine Sèche, le prolongement de la voie ferrée et le tramway funiculaire du Brulé. Ce dernier projet sera vivement contesté en France. Mais Rodier ne désarme pas. Dans une intervention au Conseil Général, le 11 novembre 1911, il explique que ce travail sera le premier de l'espèce exécuté dans une colonie française malgré la réputation d'arriérisme de la Réunion". Maladresse ou provocation ? Des travailleurs saint-paulois vont se confier directement au gouverneur, ils lui montrent qu'ils ont compris qu'ils doivent faire respecter leurs droits.
Il va également s'impliquer personnellement pour défendre la réalisation "d'un projet cher à la majorité de la population" : l'extension de la voie ferrée dite du tour de l'île, de St Pierre à St Joseph, d'une part et de St Benoît à Ste Rose d'autre part, les études ont fait apparaître que le coût s'élève à 2 millions. Qu'à cela ne tienne, l'objectif est de desservir deux régions riches mais déshéritées susceptibles d'être transformées en grenier de l'île. il existe bien sûr l'obstacle majeur constitué par le franchissement de la Rivière de l'Est, mais le problème n'est pas insurmontable. On s'active déjà du Km 126 au Km 142 entre St Pierre et St Joseph.
Pendant ce temps, l'île est touché par la grâce de la téléphonie et de la télégraphie. Les réseaux urbains, communaux et intercommunaux se mettent peu à peu en place. Rodier va également instituer un service de distribution gratuite de quinine pour les indigents et les enfants des écoles laïques. Le paludisme était alors responsable de 33,5% des décès. 41 dépôts sont créés : 5 pour les indigents, 27 pour les élèves et 9 mixtes, indigents et élèves.
Dionysien, il découvre à son arrivé, une ville triste et ce, pour trois raisons :
- le départ des troupes ; St Denis n'est plus une ville de garnison,
- la création du Port de la Pointe des Galets,
- l'exode d'une partie de la population vers les pays neufs : Madagascar et l'Indochine française.