Pierre Aristide FARON 19 novembre 1875 - 29 avril 1879
Plaçant son administration sous "la protection du ciel", le Gouverneur Faron en explique les conditions dans son discours de prise de fonction :
- élaborer une politique intelligente
- développer l'effort.
Le destin en décidera autrement.
Six jours après son installation à la tête du gouvernement, l'îlet du Grand Sable dans le cirque de Salazie va être en moins de cinq minutes, rayé de la carte de la Réunion. Les 63 habitants sont ensevelis vivants. Ce 25 novembre à dix sept heures trente, à quelques pas de la catastrophe, une famille de six personnes, leur maison, leurs cours, leurs animaux en réchappèrent miraculeusement. Ils seront transportés sur 200 mètres par un glissement horizontal du sol. La colonie fut plongée dans un véritable "saisissement". Une commission fut chargée d'étudier les causes de cette catastrophe. Son rapport n'était pas encore rédigé et les esprits des habitants pas encore remis que la nuit du mardi au mercredi 22 septembre fut terrible. En quelques heures une trombe d'eau s'abat sur l'Est et le Nord provoquant des dégâts considérables. La série noire va se poursuivre.
La nouvelle année démarre par un cyclone qui achèvera la désolation, la misère et la ruine.
Sur le plan social et politique la protection divine eut été bien nécessaire au Gouverneur Faron, mais là également, le destin en décidera autrement.
Après l'abolition de l'esclavage, la recherche obsessionnelle de main d'œuvre chez les propriétaires réunionnais provoqua l'explosion de l'Engagisme.
L'Inde constitue la base migratoire la plus importante : mais dans une société à peine sortie de l'esclavage, l'intégration de travailleurs libres, étrangers de surcroît, n'est pas aisée. Plusieurs affaires vont éclater. L'heure n'est pas encore au respect du contrat. Les conditions de travail, la violation des engagements contractés vont alimenter la plupart des conflits opposant les travailleurs engagés à leurs patrons. Malheureusement certaines affaires seront plus nauséabondes allant jusqu'à mort d'hommes. Et elles éclabousseront l'administration coloniale. Le consul britannique, protecteur des intérêts des travailleurs indiens les portera à la connaissance du Gouvernement Royal de Londres qui lui même saisira le Gouvernement métropolitain. Le Gouverneur Faron sera plusieurs fois interpellé par Paris. La multiplication des plaintes et leur internationalisation discréditeront l'administration coloniale. Le 26 juillet 1877, une commission d'enquête internationale arrive à St Denis pour faire la lumière sur la situation des travailleurs engagés dans la colonie. Elle confirmera le bien-fondé des plaintes et révèlera la déliquescence des services de l'immigration assurés par des fonctionnaires.
Les jours du Gouverneur Faron sont alors comptés. A la fin d'octobre 1877, plusieurs organes de presse s'en prendront au gouverneur accusé de ne pas avoir su protéger la colonie de "l'entreprise de démolition" menée par le Consul Britannique et la Commission d'Enquête Internationale.
Déjà accablé par deux catastrophes naturelles, mis en cause par le gouvernement central pour la mauvaise tenue de son administration, accusé par les propriétaires fonciers d'être incapable de défendre les intérêts de la colonie, il ne restait plus au gouverneur Faron qu'à faire ses malles. Il demande à être relevé de ses fonctions et quitte la colonie le 29 avril 1879.