Henri HUBERT DELISLE

8 août 1852 - 8 janvier 1858

Pour la première fois de son histoire, la Colonie va être dirigée par un de ses fils. Le successeur de Doret est né à Saint-Benoît en 1810. Après de brillantes études à Paris, il entame une carrière politique à Bordeaux qui le mènera du Conseil Municipal à l'Assemblée Nationale. Le décret présidentiel du 16 février 1852 nomme Henri Hubert Delisle Gouverneur de la Réunion. Dès que la nouvelle est connue dans la colonie les manifestations de joie se succèdent.

la colonie prépare un accueil enthousiaste "au premier des siens". C'est le 8 août 1852 que la frégate La Belle-Poule rend le Gouverneur Hubert Delisle à son pays natal. C'est à Monsieur Elie Pajot maire adjoint de St-Denis qu'échoit le privilège et l'honneur d'accueillir le premier Gouverneur créole.

L'administration d'Henri Hubert Delisle va être extrêmement féconde. Le Gouverneur va développer une intense activité a la tête de son pays natal.

Il entamera une tournée dans l'île pour mobiliser les énergies. Elle fut un véritable triomphe, le Gouverneur en profitera pour réhabiliter le travail agricole. De nombreuses réformes vont être mises en place, des institutions nouvelles créées, des manifestations prestigieuses organisées. Avec Hubert Delisle la Réunion entre dans l'ère du changement. Le 4 juillet 1853, la Banque de la Réunion ouvre ses portes à Saint-Denis. Elle est créée pour une durée de 20 ans. Le pays possède enfin son établissement de crédit. Cette même année l'île organise sa première Exposition Coloniale. Instituée par décret du Gouverneur, elle ouvre ses portes le 6 octobre dans les allées du Jardin Colonial. Elle se substitue a la "Fête du Travail- établie en 1848. Un jury constitué par le Gouverneur récompense les meilleurs exposants. Afin de développer le sentiment de l'épargne dans la population, le Gouverneur crée la Caisse d'Epargne et de Prévoyance. Pour contourner les difficultés de la route de la Montagne. Henri Hubert Delisle conçoit le projet du tunnel sous le Cap Bernard. Son ardeur au travail lui vaudra en moins de deux ans d'être fait Chevalier de la légion d'Honneur par l'Empereur et Commandant de Saint-Sylvestre par Sa Sainteté le Pape. Les éloges dont on le combla ne firent que stimuler l'énergie du Gouverneur, Le 14 août 1855 le Muséum d'histoire naturelle est inauguré en présence d'un hôte de marque le major général Hay Gouverneur de l'Ile Maurice. La tournée dans l'île du Gouverneur Hay est une réussite totale. C'est l'âge d'or pour la colonie. L'industrie sucrière connaît un essor considérable.

Le gouverneur Hubert Delisle décide de faire un geste en direction des poètes de la colonie et propose au conseil général de voter une pension de deux mille francs en faveur de Leconte de Lisle et de Lacaussade. Le vote est favorable et cette pension est régulièrement versée jusqu'en 1861.

En décembre 1855 invité a participer a l'Ile sœur aux festivités organisées pour célébrer la tête de la Reine Victoria, le Gouverneur Hubert Delisle obtient du gouvernement anglais l'extension à la Réunion du service postal maritime. 1856 sera la naissance de la Société des Sciences et des Arts. Sa séance inaugurale a lieu le 8 février 1856 sous la présidence du Gouverneur qui y prononcera l'éloge de Mahé de Labourdonnais. Les travaux lus au cours des séances de la Société vont donner naissance à un bulletin. L'île connaît un véritable bouillonnement culturel avec la naissance de l'Association des Anciens élèves du Lycée, d'une institution d'Arts et Métiers confiée aux Pères du Saint-Esprit et d'un noviciat, la réouverture de l'école professionnelle et la création de deux bourses pour l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures

En 1857 la seconde route de ceinture est ouverte. Elle traverse les hauts de St-Benoît, de St-Joseph, de St Pierre, de St Louis et de St-Leu. La première route avait été ouverte en 1854.

A l'apogée de sa prospérité, la colonie témoignera de sa reconnaissance aux siens qui moururent les armes à la main a la Redoute. En 1857 un mausolée sera érigé, lin an plus tôt le 15 août 1856 la Colonie avait inauguré sur la place du Gouvernement la statue de Mahé de Labourdonnais.

Celui qu'on qualifia de Labourdonnais du XIXème siècle a été constamment épaulé par son épouse qui se dépensa, elle aussi, sans compter pour la prospérité de l'île. En décembre 1856, le corps aura ses raisons, Madame Hubert Delisle est obligée pour cause de santé de rentrer en France. Le Gouverneur ne tardera pas à ressentir lui-même le coût de l'énergie développée en six années au service du pays. Le 8 janvier, il quitte l'île à bord de l'Azof. C'est à Aden qu'il apprendra son élévation à la dignité de sénateur. Une page est tournée... Jamais plus la colonie ne retrouvera période aussi féconde.