Le docteur Victor Mac Auliffe est né à Zanzibar, où son père était en poste, le 7 mars 1870. Venu avec sa famille alors qu'il était enfant à la Réunion, il a fait ses classes dans ce qui était alors le seul lycée de l'île (et ne s'appelait pas encore Leconte-de-Lisle). Ses études furent couronnées par l'obtention de diplômes qui allaient lui ouvrir, en France, les portes des facultés. Il choisit d'embrasser la carrière médicale, marchant ainsi sur les traces de son père.Reçu docteur en médecine, il passe quelques années dans divers hôpitaux militaires où il se perfectionne dans l'art chirurgical. Il est, en 1895, attaché comme médecin aux troupes coloniales, pendant la guerre de Madagascar. Après la conquête de la Grande île, devenue possession française, les soldats furent rapatriés. Le Dr Mac Auliffe donna sa démission en 1898 pour venir exercer la médecine civile à la Réunion. Commença alors pour lui une période active. Son dévouement et ses soins ne tardèrent pas à lui donner la confiance et la sympathie de la population.
"UN PATRIOTE DE L'HUMANITÉ"En 1914, il est mobilisé et doit quitter la colonie pour se rendre en Europe. Pendant les quatre années de la Grande guerre, il occupa des postes différents. Démobilisé le 20 décembre 1918, il fut peu après décoré de la médaille commémorative de Madagascar pour la part active qu'il avait prise durant la campagne. Il reçut également une autre récompense, la médaille des épidémies.
Revenu à l'île de la Réunion en 1919, il s'y distingua en participant aux opérations chirurgicales de la maternité et de l'Hôpital colonial. C'est à cette maternité qu'il a consacré les meilleures années de son existence. Il y fut un professeur remarqué puis un directeur apprécié. "Mac Auliffe se présentait sous une physionomie douce et souriante avec des manières avenantes. La séduction de son caractère et la noblesse de ses sentiments ne lui faisaient compter que des amis. Il était essentiellement charitable. Ses bienfaits, il les répandait discrètement, sans bruit, mais ceux qui les ont reçus en ont gardé une inaltérable reconnaissance (...) Victor Mac Auliffe fut un patriote, un érudit, un bienfaiteur de l'humanité", décrit
Henri Azéma.
Pendant ses trente-neuf années de services médicaux, dont vingt-neuf de pratique à la Réunion, il n'a ménagé ni ses peines, ni ses forces, sans trêve et sans relâche, sublime de volonté malgré sa santé devenue chancelante, apportant à tous en toute circonstance, jusqu'à limite de sa résistance, le secours de sa science.
Lorsque le gouverneur de l'époque lui décerna la croix de la Légion d'Honneur, comme l'écrit un chroniqueur de l'époque, "on n'entendit ici, comme à l'extérieur, chez les Réunionnais, qu'un cri de joie unanime".
Le 21 juillet 1930, trois ans après sa mort, le discours d'un de ses successeurs, le Dr Ozoux lors de l'inauguration du buste de Mac Auliffe dans le jardin de l'ancien Hôpital militaire rue de Paris, résumait bien ce que ses compatriotes pensaient de lui : "Le docteur Victor Mac Auliffe, modeste praticien d'une petite capitale d'une île minuscule de l'océan Indien, n'a eu qu'à l'état latent ces préoccupations terrestres qui prennent, souvent, l'allure aiguë.
De mœurs douces, en effet, ne désirant apparemment qu'exercer sa profession noblement et avec autant de maîtrise que le permettaient l'éloignement de la métropole, la pénurie de cas difficiles et l'impossibilité de se spécialiser, il vivait retiré, songeant aussi à élever dignement sa famille comme à ne pas faillir à la réputation de praticien émérite à lui léguée par son père ; s'il ne manifestait pas bruyamment, s'il se contenta longtemps par exemple de sa petite voiture monocylindrique devenue légendaire, il n'était point, cependant, ataraxique : il y avait en lui l'amour ; il y avait même la haine, quelques haines ; l'on ne peut, d'ailleurs, que le féliciter d'avoir détesté ce qui est détestable."
Gros plan : Les travaux du cirque de CilaosCilaos a été le premier lieu d'installation du père de Victor Mac Auliffe, comme médecin chargé du service de santé à l'hôpital militaire. Il était "la providence des pauvres d'Hell-Bourg et l'ami dévoué de tous les voyageurs". Il fit paraître en 1902 un ouvrage intitulé : "Cilaos pittoresque et thermal guide médical des eaux thermales".
Au XIXe siècle, certaines régions de l'île sont plus que d'autres affectées par l'évolution économique. Cilaos reste d'accès très difficile.
Un chemin pour piétons, difficile et dangereux, avait été ouvert en 1842 ; il restera le seul accès jusqu'à l'ouverture en 1932, après cinq ans de travaux, de la route qui mit fin à l'isolement du cirque et entraîna un essai de développement touristique marqué par la construction, entre 1935 et 1937, des Thermes et du Grand Hôtel.
Disparaissent avec le chemin les pittoresques caravanes de porteurs de "fauteuils" que décrivait ainsi Victor Mac Auliffe : "C'est à l'Aloès que vous prenez vos porteurs.
Ils vous attendent et vous ne tardez pas à partir si vous avez choisi un bon chef et si vous avez disposé vos bagages de telle sorte que le poids de chaque colis ne dépasse pas 50 livres.
Quant au nombre de porteurs attachés à votre personne, il variera bien entendu avec votre poids (...)
Le fauteuil dans lequel vous prenez place est une chaise grossière, à dossier vertical, munie d'un bras horizontaux, n'offrant aux pieds d'autre appui qu'une bande en gonis fixée aux bras même du fauteuil. (...) "A partir du moment où le voyageur s'est assis il s'identifie avec son fauteuil et, suivant son poids, il va entendre résonner à ses oreilles des épithètes agréables ou malsonnantes qui s'adressent à son siège. Pauvres gens ! La fatigue qu'ils éprouvent et qu'il est difficile de leur épargner quand on est malade, est le plus grand ennui qu'éprouve le voyageur (...)
Encore un dernier effort. Et vous arrivez, en effet, à l'extrémité de ce raidillon interminable, fatigué des efforts que vous avez dû faire pour vous maintenir en équilibre dans votre fauteuil, fatigué par suggestion à la vue des efforts effectués par votre équipe de porteurs."