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Candide Azema (1867-1862)

Candide Azéma est nommé maire de Saint-Denis le 16 octobre 1849. Chevalier de la légion d'honneur et habile discoureur, l'histoire le retient surtout comme l'homme qui accueillit Sarda Garriga. Mais ses deux mandats à la tête de la capitale de l'île Bourbon ne se limitent pas à cet épisode historique : il sera l' initiateur de changements salutaires pour la population.


Après des études de droit, Candide Azéma s'installe comme notaire à Saint-Denis. Il est nommé 1er adjoint au maire du chef-lieu le 10 juin 1820. Il occupera ce même poste durant 29 années successives sous quatre maires différents.
Gustave Manès, nommé provisoirement maire le 4 novembre 1848, quitte ses fonctions le 6 octobre 1849. Il laisse la mairie à son premier adjoint, M. Azéma. Ce dernier est nommé maire le 16 octobre 1849. Dès sa prise de fonction, il procède rapidement à de "nouvelles consultations populaires pour le choix des deux représentants à l'Assemblée nationale". MM.Barbaroux et De Greslan sont élus le 21 octobre. Il y avait un demi-siècle que l'île n'avait pas eu de députés.
Candide Azéma a déjà eu l'occasion de se montrer digne de représenter la ville de Saint-Denis : il a eu en effet le redoutable honneur d'accueillir, en tant que 1er adjoint de M. Manès, le nouveau commissaire de la République Sarda Garriga. Son discours fut un chef-d'œuvre d'habileté et de sagesse, alors qu'il redoutait les conséquences économiques et sociales de l'abolition de l'esclavage.
Extrait du discours : "Aucune des idées larges, généreuses, réellement philanthrophiques, que la révolution de 1848 a fait surgir, n'est étrangère aux colons de l'île de la Réunion. Ils en avaient prévu l'application au régime colonial, et ils sont prêts à en faciliter le succès de tous leurs efforts. Ils espèrent que ce grand changement, confié à votre sagesse et à votre habilité, s'effectuera sans pertubation, et que personne n'aura à en regretter les conséquences.

DES RÉVERBÈRES DANS LA VILLE

Vous pouvez compter sur le concours loyal de notre population. Elle est trop éclairée et trop intelligente pour ne pas comprendre le besoin de se rallier à vous et de vous seconder en tout, pour le bonheur du pays. Elle compte donc sur votre prudence et , au besoin, sur votre fermeté." Au début de l'année 1850, un décret apprend à la colonie que Sarda Garriga est remplacé par le capitaine de vaisseau Doret. Le nouveau gouverneur arrive sur l'île, le 15 avril. C'est encore Candide Azéma qui l'accueille. Accompagné du corps municipal et escorté par la milice, le maire de Saint-Denis va à la rencontre de M. Doret et lui souhaite la bienvenue avec franc-parler : " (...) Le maire de la ville de Saint-Denis, accompagné de son conseil municipal, tient de la loi l'honorable mission de recevoir et de complimenter les gouverneurs à leur débarquement. Je suis heureux d'être l'organe de la colonie en cette occasion. Vous arrivez dans un pays naguère florissant, mais qui vient de traverser de mauvais jours et qui a besoin d'une haute protection pour sortir de l'état de gêne et d'abattement où il est plongé. Il attend une main tutélaire qui ranime le crédit, vivifie l'industrie, ravive l'agriculture et apporte le bien-être au service de notre population (...)"
L'agitation électorale et ses différentes obligations passées, Candide Azéma s'applique à assurer l'entretien de la ville. Il installe des réverbères dont l'intensité de la lumière devait toujours être telle "que l'on puisse lire facilement un journal à six mètres du réverbère".
M. Azéma a eu aussi l'opportunité, en tant que maire, de célébrer simultanément l'anniversaire de la proclamation de la République ainsi que la Fête du travail, en 1850. Cette journée mémorable vit l'organisation de nombreux jeux publics et se termina par un feu d'artifice le soir.
Instituée par le gouvernement, la Fête du travail avait été, dans le principe, fixée au jour de l'anniversaire de l'émancipation des esclaves. Plus tard, le pouvoir préféra, associer la célébration à celle de l'anniversaire de la proclamation de la République. Les deux fêtes furent fixées au 4 mai.

UN MAIRE AU GRAND CŒUR

L'émancipation n'avait pas seulement conféré aux affranchis la "liberté du corps", mais aussi celle de l'esprit. Ils avaient reçu le droit de s'instruire. En 1847, afin d'améliorer l'instruction publique, la France envoie dans la colonie douze nouveaux Frères.
La municipalité, par la voix de Candide Azéma, s'adresse alors au pouvoir pour obtenir des moyens financiers pour agrandir les écoles. Mais même agrandies, elles ne tardent pas à devenir insuffisantes pour accueillir 300 élèves avides de savoir

CHEVALIER DE LA LEGION D'HONNEUR

En 1851, la seule solution qui se présente donc à la municipalité est de faire réparer et aménager la maison Varigault pour y établir une surccursale de l'institution des Frères. Les décrets qu'avait pris le gouvernement en proclamant l'émancipation des esclaves demandaient exécution. Ils parlaient notamment d'hospices pour les malades et les victimes de l'âge. Un marché est conclu le 26 mai 1850 pour louer la "maison de santé" fondée par trois médecins, vers laquelle infirmes et viellards affluent bientôt.
Mais la pauvreté augmente et, pour répondre aux injonctions de la métropole sur la fondation d'un hospice, M. Azéma contracte un bail avec les trois médecins en avril 1852. L'arrêté stipule que la maison de santé serait désormais désignée comme "hospice civil", que l'établissement serait agrandi et posséderait différents services et ateliers. L'hospice civil va désormais abriter chaque jour jusqu'à 250 pensionnaires.
A côté des établissements d'utilité publique, de l'hospice et des salles d'asile s'était créée en 1848, avec l'aide de la municipalité Azéma, une société de secours mutuels, la Société ouvrière. Cette institution ne cessa de se signaler par de multiples bienfaits.
Depuis toujours, la rivière de Saint-Denis rencontrait dans son lit un îlot qui la divisait en deux. Avec l'usure du temps, il finit par disparaître, ce qui produisit des inondations. Le gouvernement et la municipalité, témoins des malheurs de la population et de l'ouragan de 1844, inscrivent alors des "allocations" à leur budget pour faire construire une digue. En 1846, Azéma réunit une commision pour faire l'étude des travaux à exécuter. La digue ouest fut terminée en 1850. Le maire s'occupa aussi d'embellir sa commune en installant un éclairage à l'huile de coco pour les réverbères. M. Azéma intervint aussi dans le secteur des transports : la route carrossable, commencée depuis 1829 et qui reliait Saint-Denis à La Possession s'est terminée sous ses yeux. Mais l'expérience démontre de multiples inconvénients: la colonie se voit obligée de reprendre les transports par mer... En 1852, Candide Azéma entame son deuxième mandat. Sa cité va être secouée par un grand mouvement électoral provoqué par la nomination des deux députés et celle du président de la République. Le 12 février, en mauvaise santé, Candide Azéma eut la sagesse d'abandonner sa charge à son adjoint, Elie Pajot. Il devait expirer le mois suivant.
Peu de temps après le décès, la séance abordait la question du budget communal. Cette discussion révélait la bonne situation financière de la ville : un excédent de recettes s'élevant à la somme de 52 289 F, alors que le chiffre de la population était de 14 892 F. Candide Azéma a eu cette douce satisfaction de laisser la commune qu'il avait administrée pendant trois ans dans un état florissant. Il avait été, un an auparavant, fait chevalier de la Légion d'honneur par décret du président de la République (9 mars 1851).Selon toutes probabilités, l'épidémie de variole amenée par le navire "Sophie" a sans doute eu raison de lui (entre le 17 septembre 1851 et la fin octobre 1852, on a pu compter à Saint-Denis 3 600 personnes contaminées et 708 morts. Candide Azéma avait souhaité que les orphelins des familles pauvres restent à la charge de la commune ).Le nom du maire dont la mort toucha toute la population, fut donné à l'ancienne place de Sables, la future place de la Gare, restaurée par ses soins.

Sources (bibliothèque départementale) :
- "Les Maires de Saint-Denis" de M. Serviable (Indigotier, 1991).
- "Histoire de la ville
de Saint-Denis" d'Henri Azéma (Les introuvables
de l'océan Indien).

  



Une ville au nouveau visage
L'entretien et l'embellissement de sa ville étaient deux des préoccupations principales de Candide Azéma. Dès son arrivée, il voit les routes dégradées et les trottoirs envahis par les herbes folles.
"La capitale s'était ressentie des déplorables effets de l'émancipation, qui lui avait enlevé les esclaves jusqu'alors employés à son entretien."
Le maire fait donc contracter des engagements de travail aux affranchis pour assurer la propreté des rues et des places. La cité se voit bientôt dotée de 18 nouvelles rues et de fontaines publiques. L'éclairage à l'huile de coco des réverbères installés par Bédier ne donne plus satisfaction. Une nouvelle adjudication a lieu le 21 octobre 1851.
Le maire ordonne de placer en ville 77 fanaux avec réflecteurs argentés, car l'intensité de la lumière devait toujours être telle "que l'on puisse lire facilement un journal à six mètres du réverbère".
Il fait aussi restaurer la place des Sables, à laquelle il donne des allées, des bancs, et qui devient un lieu de promenade.
Ses concitoyens reconnaissants donneront à ce lieu ainsi embelli le nom de son rénovateur : place Candide-Azéma. Le maire orne également la place du Trésor d'un magnifique bassin et y institue un marché aux fleurs. Deux fois par semaine, les marchandes s'y donnent rendez-vous pour vendre leurs produits.
Le cimetière subit aussi quelques petits travaux. Il voit ses murs relevés et son emplacement décoré d'un bassin dont l'eau est destinée à l'arrosage des fleurs.
Les fonctions de maire ont vraiment donné une grande envergure à cet homme qui a assumé son rôle avec intelligence.