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Si certains se souviennent vaguement que Garros fut aviateur, beaucoup pensent plutôt, en voyant son nom associé au célèbre stade parisien, qu'il devait être joueur ou mécène du tennis.La vie de l'aviateur est retracée par son neveu, Jean-Pierre Lefèvre-Garros, dans une biographie publiée aux éditions Ananké/Lefrancq de Bruxelles.

Aviation-tennis : l'aviateur réunionnais doit aussi sa notoriété à la petite balle jaune

Roland Garros, l'aviation en a fait un héros,
le tennis entretient sa renommée


Fils d'une vieille famille de l'île de la Réunion, descendant de corsaire, Roland Garros (1888-1918) était bien un grand sportif, mais dans une discipline différente et nettement plus dangereuse qui venait de naître en ce début du vingtième siècle : l'envol de l'homme sur "plus-lourd-que-l'air". Son nom est lié à une série d'exploits extraordinaires pour l'époque, dont le record du monde d'altitude (4.250 m, même si ce chiffre a été ramené officiellement à 3.950 m), la première traversée aérienne sans escale de la Méditerranée et la victoire en solitaire dans un circuit face aux meilleurs pilotes mondiaux qui n'ont pas osé prendre le départ en raison du mauvais temps.
"Champion des champions", coqueluche du tout-Paris, Garros a pour amis des gens comme le célèbre constructeur italien d'automobiles Ettore Bugatti, qui baptise une de ses voitures "Roland-Garros" et prénomme son fils Roland. Un jeune poète encore peu connu, Jean Cocteau, tient à se faire présenter par un ami commun au nouveau héros du survol de la Méditerranée... Quand la tourmente de 1914 rend inéluctable l'utilisation des avions par les armées, Roland Garros saisit immédiatement la plupart des possibilités de l'engin volant et détecte aussi son maillon faible.

Une pale d'hélice sectionnée

Les ailes en structure de bois et entoilées des appareils de l'époque ne permettant pas d'y loger des mitrailleuses, Garros met au point le tir à travers l'hélice. Perfectionné par des Allemands après la capture de l'avion de Garros à la suite d'une panne moteur, le système de synchronisation lance véritablement l'aviation de chasse telle qu'elle servira durant des décennies dans toutes les forces aériennes du monde. Garros, prisonnier pendant trente mois, parvient à s'évader et reprend les commandes de son SPAD. Le 5 octobre 1918, la veille même de son trentième anniversaire et à 37 jours seulement de l'Armistice du 11 novembre, il le fait pour la dernière fois. Ses camarades l'attendront en vain sur leur aérodrome. Pourtant, aucun aviateur allemand ne revendiquera une quelconque victoire dans le secteur. C'est un pilote français qui permettra d'élucider l'énigme en déclarant avoir vu un SPAD se désintégrer en l'air "comme un jeu de cartes". La paix revenue, le corps de Garros sera découvert dans une tombe fraîchement creusée à Vouziers. Selon l'explication la plus vraisemblable, un dérèglement du système de synchronisation conçu par Garros aurait amené une balle à sectionner une des pales de l'hélice. Ainsi déséquilibrée, le reste de l'hélice aurait provoqué, par la force d'inertie, une désintégration totale de l'appareil. Et le tennis dans tout cela ? Dix ans après la disparition tragique de l'aviateur, alors qu'il s'agissait de donner un nom à un nouveau lieu capable d'accueillir à Paris les compétition de la Coupe Davis, le président du "Stade français", Emile Lesieur, exigea que celui de son filleul et camarade de promotion aux Hautes études commerciales y fût gravé.

"Roland Garros, pionnier de l'aviation", par J.-P. Lefèvre-Garros, éd. Ananké/Lefrancq, 415 p., 165 FF.


Roland Garros : Visionnaire "high tech"

Grande figure de l'histoire de l'aviation française, Roland Garros pourrait être symboliquement associé aussi un jour à la solution "higt tech" d'un des principaux problèmes de l'humanité, l'approvisionnement en énergie "propre". En effet, dans un article rédigé en 1913 cité dans le livre "Roland Garros, pionnier de l'aviation", l'aviateur aussi passionné par le vol que par les techniques aéronautiques, s'interrogeait sur les limites de l'autonomie des appareils et se demandait s'il ne fallait pas remplacer le moteur thermique par une propulsion électrique.
"Le moteur électrique existe, notait-il. Il est lourd, c'est entendu, mais si l'on débarrasse l'avion d'un approvisionnement, on le rend capable aussitôt de supporter un moteur de 3, 4, 500 kilos et plus, et cela déjà avec les moyens d'aujourd'hui. Supposez qu'on trouve demain une transmission sans fil de la force électrique. (...). Le problème serait dès lors résolu !" Il n'y a jamais eu d'avion électrique (sauf en modèle réduit), mais c'est l'idée d'une transmission de courant sans fil qui retient aujourd'hui l'attention. Un projet de ce type est en cours d'expérimentation, précisément dans son île natale de la Réunion, dont le relief escarpé rend extrêmement difficile le raccordement de certaines localités.
Des prototypes de ce système de transport d'énergie sans fil (TESF), qui consiste à transmettre l'énergie au moyen d'un faisceau micro-ondes d'une antenne d'émission vers une antenne de réception, ont déjà été réalisés par les chercheurs du laboratoire de génie industriel de l'université de La Réunion. Même si, à ce jour, cette technique n'a permis d'allumer que quelques ampoules, l'initiateur du projet, Guy Pignolet, du Centre national d'études spatiales (CNES) et Réunionnais lui aussi, est persuadé qu'elle pourrait constituer dans un avenir plus ou moins lointain "la" solution pour satisfaire de manière durable nos besoins énergétiques en "rapatriant" sur Terre l'énergie solaire captée par des satellites.