Germain de Fleurimond, gouverneur de 1678 à
1680
Un gouverneur et des pagodes
Au départ d'Etienne Regnault, l'île Bourbon n'est encore
qu'une dépendance de Madagascar. Les gouverneurs qui vont se succéder
en quelques années auront une réputation de dureté
et de violence. Germain de Fleurimond ne sera pas pire ni meilleur que ses
prédécesseurs. Il fallait pouvoir gérer une île
soumise à de nombreux problèmes.
Après le départ d'Etienne Regnault, quatre gouverneurs se
succèdent sur l'île en moins de 10 ans. En 1671 Jacob Blanchet
de la Haye débarque sur l'île, à la tête d'une
flotte de neuf navires de guerre dont le "Navarre" vaisseau amiral
de 1000 tonneaux et de 56 canons, ainsi que de trois navires de commerce,
avec le titre de vice-roi des Indes. Pour lui, la vie à Bourbon est
beaucoup trop légère, il va y installer des gouverneurs à
poigne. La premier, qui va remplacer directement Etienne Regnault, se nomme
La Hure. Non seulement il aura la réputation d'être un homme
dur mais il sera aussi un véritable dictateur.
DES GOUVERNEURS VIOLENTS
Dès le départ de la Haye, il use et abuse de son pouvoir.
Sa tyrannie est telle que même des Blancs fuient et vont rejoindre
les malgaches dans les montagnes. Il fait fusiller puis écarteler
son lieutenant qui avait osé lui tenir tête. Quelque temps
plus tard, il fait abattre un de ses serviteurs, dans un lieu qui porte
maintenant le nom de Ravine à Malheur. En 1674, de la Haye, de retour,
le destitue. La Hure passera en procès. Il sera à son tour
écartelé. C'est Esse d'Orgeret, un officier de l'escadre de
La Haye, qui va prendre la poste de gouverneur. Il se révélera
un meilleur administrateur que la Hure mais il se montrera aussi répressif
que lui. Il doit faire face à de nombreuses révoltes de la
part des Malgaches. Un peu avant le retour de la Haye, Fort-Dauphin, la
principale ville de Madagascar avait été complètement
anéantie par une révolte. Les Malgaches de Bourbon rêvent
d'en faire autant. En 1676, d'Orgeret est obligé de mater la première
révolte d'importance. Plusieurs Malgaches tentent de se soulever.
Le nouveau gouverneur fera pendre les meneurs qu'il a pu attraper, les autres
s'étant réfugiés dans la montagne. Le 17 juin 1776,
Esse d'Orgeret meurt. C'est son second, Germain de Fleurimond, originaire
du diocèse de Bayeux qui le remplace. Comme d'Orgeret, Fleurimond
faisait partie de l'escadre de la Haye en tant qu'officier. Durant toute
la période Orgeret, Fleurimond est le second du gouverneur. Il connaît
donc bien les dossiers et les problèmes spécifiques de l'île.
UN MANQUE CRUCIAL DE FEMMES
L'un des problèmes sensibles concerne la population de l'île
qui n'est pas particulièrement nombreuses. Le premier recensement
officiel ne se fera pas avant 1686. En 1675 on estime que la population
se monte à un peu plus de 150 habitants. A cette date, les Européens
sont encore en nombre supérieur. Entre 1674 et 1678, il y eut quelques
arrivées. En 1674, quinze prisonniers de San Thomé sont débarqués
à Bourbon par l'escadre de la Haye. Ils furent les premiers Indiens
de l'île. Deux ans plus tard, entre 20 et 30 personnes arrivent. Il
s'agit des rescapés de Madagascar après le massacre de Fort-Dauphin.
Parmi cette trentaine de rescapés se trouvaient trois femmes. Lors
du début du peuplement de l'île, le vrai problème concerna
principalement les femmes qui manquèrent toujours cruellement aux
colons. Le premier conflit entre Payen et les Malgaches, venus avec lui,
concernait les trois femmes débarquées avec eux. Ces trois
femmes feront souche et se marieront rapidement. En novembre 1678, ce sont
14 autres jeunes femmes, provenant de l'Inde qui arrivent sur l'île
à bord du Rossignol, rejoignant les 8 françaises et les 13
Malgaches déjà présentes. Très rapidement, elles
trouvent un mari. On estime qu'elles eurent 109 enfants. Cependant, on ne
sait pas exactement où se trouvaient réellement ces femmes.
Certaines d'entre-elles avaient, elles rejoint les marrons ou toutes avaient-
elles été mariées à des colons ? C'est aussi
vers cette date que Germain de Fleurimond prit la succession d'Orgeret.
Le problème féminin ne fut pas le seul que dut affronter le
nouveau gouverneur.
RATS, MARRONNAGES, QUELQUES-UNS DES MAUX DE L'ÎLE
Quelques semaines après sa prise de fonction, il écrit une
longue lettre à la direction de la Compagnie des Indes. Il faut savoir
que cela faisait près de deux ans que les habitants de l'île
n'avaient pas vu de navire. "Les gens sont dans une grande disette
de toutes commodités, comme de toile forte pour faire des habits,
du linge, de poteries, de ferrements et des outils... Depuis trois ans,
il s'est jeté une si grande quantité de rats dans la terre
que l'on ne puis rien faire que ces misérables animaux ne gâtent
et perdent tout... Il y a quelques Noirs de la terre de Madagascar qui ayant
appris le désastre arrivé aux français de Fort-Dauphin,
ont voulu imiter leurs compatriote... Ce que Dieu n'a permis... Les principaux
auteurs ont été châtiés à mort et d'autres
se sont sauvés dans les montagnes et font tous les jours quelques
brigandages..." Voilà en quelques mots le résumé
des difficultés de Bourbon. Pratiquement pas d'outils et surtout
pas d'outils en fer, les rats, les marronnages et le manque de femmes qui
provoquent de nombreux conflits. Mais la lettre de Fleurimond n'est pas
la seule à partir pour la France sur le "Rossignol". Dix-
neuf habitants envoient aussi une missive pour se plaindre. Si l'on retrouve
les griefs habituels, manque d'outils, de femmes etc. les pétitionnaires
expriment aussi leur mécontentement concernant "les mauvais
traitements des commandants", mais aussi le monopole de la Compagnie
des Indes pour tout ce qui concerne le commerce. "Les commandants nous
empêchent le commerce que nous pourrions faire avec les navires".
LES "PAGODES" UNE FAUSSE LÉGENDE
La méchanceté des commandants est illustrée par une
légende totalement infondée concernant de Fleurimond. Il devait
écouler tout un lot de chaussures appartenant à la Compagnie
mais comme les habitants marchaient généralement pieds nus,
le stock pourrissait dans les entrepôts et était dévoré
par les rats. Pour obliger les gens à acheter les chaussures, la
légende prétend qu'il fit importer de l'Inde des plantes épineuses
nommées "pagodes" ou paniam sostatum et qu'il les répandit
sur les routes. L'un des autres problèmes qui troublait profondément
l'île était le manque chronique de religieux.
UNE MORT ENTOURÉE DE MYSTÈRE
Fleurimond s'en plaint aussi dans sa lettre de 1678. "Qu'il vous plaise
de nous envoyer quelque ecclésiastique pour nous consoler et nous
départir les sacrements. Il y a bien un prêtre capucin, mais
c'est un homme fort incommodé qui ne puis vaquer partout. Et puis,
il ne veut point demeurer et n'attend qu'une occasion pour se retirer."
Durant plusieurs années, il n'y eut que le Père Bernardin
pour célébrer le culte. Le 15 mai 1679 le père Bonaventure
de Parthenay arrive. Il ne s'acclimate absolument pas à l'île
et repart quelque temps plus tard avec le bateau qui l'avait amené.
Les lieux de culte étaient aussi en nombre très restreint.
Le premier acte officiel faisant mention d'un lieu de culte remonte au 1er
juin 1677, il s'agissait de "la chapelle des Mascarins" et de
l'église du "Fort Saint Paul". D'après la légende,
la première chapelle remonterait à 1667 et se situerait à
Sainte Marie. Des pirates fuyant l'escadre de Montdevergue se seraient jetés
sur la côte. Durant ce simili naufrage, les matelots auraient faits
vux d'offrir une chapelle à la Vierge s'ils s'en tiraient. Enfin
Saint-Denis n'aurait eu ses premières églises qu'à
compter de 1680.
La mort du gouverneur de Fleurimond est, elle aussi, entourée de
mystère. Le gouverneur avait l'habitude de se promener pour chasser
ou pour pêcher dans les ravines à proximité de Saint-Paul.
En janvier 1680, soit moins de 18 mois après son accession au poste
de gouverneur, Germain de Fleurimond est retrouvé mort dans une ravine
au-dessus de Saint-Paul. Est-il décédé d'une crise
d'apoplexie, d'une crise cardiaque ou assassiné par des marrons ?
Rien ne permet d'étayer l'une ou l'autre des hypothèses. La
ravine où il fut retrouvé porte maintenant son nom. Quoi qu'il
en soit, la colonie de Bourbon se retrouve encore une fois sans gouverneur.
La métropole est très loin et il faut impérativement
qu'un gouverneur soit nommé pour pouvoir gérer la situation.
Très rapidement le choix des colons se fixe sur ce "prêtre
capucin qui ne pense qu'à partir". Le père Bernardin
sera gouverneur de l'île durant six ans.
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GROS PLAN
Les vertus de la pagode
La pagode, soit disant importée par Fleurimond, est une plante en
provenance de l'Inde ayant comme surnom la "Croix de Malte" en
France ou l'Epine du Diable. Elle arriva à la Réunion avec
les premiers bateaux de la Compagnie des Indes qui revenaient des comptoirs
hindous. Cette plante est véritablement avide de soleil et en nombre,
elle peut totalement couvrir les arrière-plages. Dans différents
pays, la pagode est utilisée pour des décoctions médicinales.
Ainsi aux Antilles ses feuilles sont utilisées en cataplasmes sur
les contusions. Sa richesse en nitrate et en chlorure de potassium lui donne
de fortes propriétés diurétiques. Certains médecins
comme le docteur Clément Daruty prescrivait la feuille de pagode
pour soigner les maladies urinaires et les inflammations de la bouche et
de la gorge. Les feuilles ne sont pas les seuls ingrédients utilisés.
Ses épines très rigides, provoquant une imagination érective,
seraient aphrodisiaques et capables de traiter l'impuissance. Au Sénégal,
la pagode sert aussi à traiter les douleurs intercostales et les
rhumatismes.
Dimanche 22 Octobre 2000