1957

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Aujourd'hui, nous nous arrêtons sur l'année 1956. Une époque sur laquelle l'historien du parti communiste réunionnais, Eugène Rousse, revient en dressant un tableau sans nuances de l'époque du préfet Perreau-Pradier.

Eugène Rousse
L'année 1956


Jean Perreau-Pradier a été préfet de la Réunion du 12 juin 1956 au 2 mars 1963. Ce maintien anormalement long à la tête du département a permis aux Réunionnais d'observer et de juger celui qui, dès sa descente d'avion, les avait avertis que désormais ils seraient "gouvernés".
Au lendemain de son arrivée à la Réunion, le préfet gouverneur ne cache pas son irritation de constater la forte implantation des communistes dans l'île. L'analyse des législatives du 2 janvier 1956 laisse prévoir un bouleversement de la carte politique de l'île aux cantonales de 1958 et aux municipales de 1959 au profit des communistes. Jean Perreau-Pradier prend les choses en main : il estime que l'organisation de la croisade anticommuniste incombe entièrement à la préfecture. Tous les moyens seront alors mis en œuvre de 1957 à 1962 pour chasser les communistes des mairies qu'ils détiennent et les priver de tout mandat électif.
Jean Perreau-Pradier ne se contente pas d'institutionnaliser la fraude, il viole aussi délibérément droits de l'homme et libertés publiques. C'est parce qu'il n'y a plus de liberté que Jean Perreau-Pradier fait procéder le mardi 30 mai 1961 à la saisie du journal "Témoignages" pour la simple raison que le mot "autonomie" y figure.
C'est parce que les droits de l'homme sont bafoués qu'il fait expulser de l'île, dans la seule journée du 5 septembre 1961, huit fonctionnaires auxquels il ne peut strictement rien reprocher si ce n'est leur implication dans la vie syndicale ou politique. C'est parce qu'il est convaincu qu'il peut impunément violer la loi que Jean Perreau-Pradier, loin d'être insensible aux charmes féminins, se permet le lundi 6 avril 1959 de demander à un fonctionnaire du commissariat de police du Port, où il est de passage, de se rendre dans ma salle de classe au collège du Port, et de lui ramener une jeune fille de 17 ans. Ce véritable enlèvement auquel je m'oppose est autorisé par le directeur du collège.
Une accumulation de fautes aussi graves ne conduit Paris à réagir qu'à l'annonce de la candidature de Michel Debré à l'élection législative du 5 mai 1963, dans la première circonscription de l'île. En février 1963, Jean Perreau-Pradier est muté en métropole en raison de son implication dans les fraudes électorales. Il ne se résigne toutefois pas à se faire oublier des Réunionnais. Le 14 juin 1981, il est candidat à l'élection législative dans la deuxième circonscription de l'île. L'électorat lui inflige alors une sévère humiliation : il n'obtient que 2% des suffrages. Avec le retour définitif du préfet en retraite dans sa "chère et douce France", se referme une des pages les plus douloureuses de l'histoire de la Réunion.