LES GOUVERNEURS

DE LA REUNION

Voici des portraits d'hommes qui avaient en mains, et bien souvent à cœur, le destin de cette île comptoir qui allait malgré les vicissitudes de l'histoire, la France de l'océan Indien.

Les premiers gouverneurs de 1'î1e sont des personnages rustres mais indispensables aux périphéries lointaines des grands empires. Gomment trouver des hommes de qualités pour administrer des comptoirs perdus au bout d'interminables tragiques traversées ? Ces premiers grands fonctionnaires sont des hommes excessifs et limités - de peu d'envergure : Jacques de la Heure alcoolique et assassin périra écartelé en France, Vauboulon potentat paillard mourra empoisonné dans une geôle infamante, Firelin sera pendu haut et court à Rennes. Comment ne pas être mégalomane quand on est investi sous le soleil tropical de tous les pouvoirs exorbitants accordés à la Compagnie des Indes ? Comment ne pas comprendre le vertige de ces chefs de poste souvent épiciers insignifiants promus chefs de guerre, conquérants de "toutes les terres, places et isles qu'elle (la Compagnie) pourra conquérir sur les ennemis, ou dont elle pourra s'emparer, soit qu 'elles soient abandonnées et désertes, soit qu'elles soient occupées par les Barbares" (lettres Patentes du 27 août 1664).

Pourtant ces hommes tout-puissants sont souvent traités cynisme et mépris par la direction lointaine. Drouillard apprendra Sa destitution des mains de son successeur Régnault est limogé sans raison Labourdonnais finira embastillé.

A partir de 1718, la nouvelle Compagnie va exiger "des lettres" et "une noblesse" de caractère et de naissance. Beauvollier de Courchant sera le premier d'une longue lignée "d'homme de qualité", fonctionnaires du Ministère de la Marine et des Colonies. Antoine Desforges-Boucher "d'origine obscure" ne doit Sa position qu'à une alliance de bon aloi. Mais de temps en temps, dans des moments difficiles, la Compagnie fait appel à de vieux serviteurs obscurs et efficaces Brénier, Justamond et le militaire Hélie Dioré qui ne savait pas bien écrire. Ces hommes n'ont d'autres titres que leur loyauté à la Compagnie.

Et la durée des mandats ? C'est Jean Baptiste Bouvet de Lozier qui détient la palme du plus long mandat : 9 ans et demi. Cet homme aimait la Réunion. C'est seulement la mort de sa femme et l'espoir d'être nommé Directeur Général de la Compagnie des Indes qui le décidèrent à repasser en France en 1763. le mandat le plus court fuit celui de Jean Baptiste Azéma (5 mois et demi) gouverneur titulaire mort en poste.

Dumas sera gouverneur pendant 8 ans alors que la moyenne des mandats gubernatoriaux jusqu'au XIXème siècle oscille autour de 5 ans. Au XXème siècle les gouverneurs sont nommés pour 3 ans environ. Ils seront nombreux à se succéder rapidement à partir du début de ce siècle, à la tête de l'administration locale. Tous laissant une impression favorable, d'efficacité ou de courtoisie, sauf peut-être le gouverneur Guy, géographe égaré à l'Hôtel du Gouvernement.

80 portraits d'hommes, titulaires ou intérimaires, commandants ou gouverneurs, détenteurs d'un mandat du roi ou du hasard, qu'importe? Ces hommes avaient en main l'administration de l'île et ont pesé sur son destin.

Point question ici de nostalgie ou de vendettas sociales. Ni non plus, de la part des auteurs, la prétention de résoudre la crise de transmission du patrimoine historique d'un groupe ou de répondre à la demande sociale pour le Passé. Tout au plus un cheminement vicinal entre un Espace, le Temps et des ambitions viagères personnelles.

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Raoul Lucas - Mario Serviable

Saint Denis de la Réunion,

Ce 30 novembre 1986